Inflation et indexation des salaires

De toutes les inventions syndicales, l’indexation des salaires semble la plus naturelle et la plus juste. Personne ne va travailler pour la valeur faciale de quelques billets. Les gens arbitrent entre le temps qu’ils consacrent à leur activité professionnelle et une certaine quantité de biens qu’ils pourront obtenir en échange (AKA, le pouvoir d’achat). L’inflation est un appauvrissement évident pour celui qui est payé à salaire fixe, et il est légitime pour les salariés d’exiger des hausses de salaires en relation avec la hausse des prix. Particularité belge, on a choisi un jour de couler ce procession de négociation dans une procédure standardisée d’indexation des salaires afin de réduire l’aspect conflictuel des négociations salariales.

 

Pour comprendre pourquoi ce système est nécessairement voué à disparaître, il faut se rappeler ce qu’est l’inflation.

L’inflation est une hausse générale des prix causées par une pénurie relative des biens par rapport à la monnaie. La plupart du temps, l’inflation prend sa source dans une augmentation artificielle de la masse monétaire, mais ce n’est pas nécessairement toujours le cas. A masse monétaire constante, une diminution générale de la production (pour cause de guerre par exemple) produirait les mêmes effets d’augmentation générale des prix. L’important pour comprendre l’inflation, c’est bien le déséquilibre entre l’offre de monnaie et l’offre de biens. Lorsque l’on parle d’abondance monétaire, les gens s’embrouillent. Gardons donc à l’esprit que l’inflation est bien une pénurie relative de biens.

Et puisqu’aux dernières nouvelles, nous vivons toujours dans un univers fini, la pénurie des biens signifie  qu’on ne peut pas consommer autant qu’auparavant. D’une façon ou d’une autre, la consommation de la communauté dans son ensemble va devoir baisser.

 

L’idée syndicale derrière l’indexation des salaires et d’épargner les travailleurs de cette réduction de consommation, donc d’un appauvrissement relatif. Fort bien ! Ils défendent les intérêts de leurs affiliés, c’est leur droit et leur raison d’être.

Mais ce qui était logique il y a quelques dizaines d’années n’est plus tenable aujourd’hui pour deux raisons

1) Tout le monde ou presque est salarié. Même les CEO des grandes entreprises sont, in fine, des salariés, comme tous les cadres de l’entreprise, tous les employés, tous les ouvriers, tous les fonctionnaires et même tous les intérimaires. Ne subsistent hors du salariat que quelques rentiers en voie d’extinction et les indépendants, professions libérales et administrateurs de société. Si on en croit l’INSEE, un gros 5% de la population de plus de 15 ans.

2) Progressivement, tous les revenus ont été indexés sur le modèle des salaires. Revenus de remplacement (pension, chômage), aides sociales, loyers des immeubles, barèmes fiscaux, et même certains bons d’Etat. La logique de protection contre l’inflation s’est étendue à l’ensemble des revenus.

 

Or, s’il est possible, dans une société suffisamment diversifiée, de protéger l’une ou l’autre catégorie sociale des ravages de l’inflation, on comprendra aisément qu’il est impossible de protéger tout le monde. Dans une situation de pénurie relative des biens, la protection offerte à certains se payent par un appauvrissement supplémentaire des autres. C’est une affaire de choix politiques. Mais s’il n’est plus personne qu’on puisse appauvrir, le système est alors confronté à ses propres limites.

 

Pour préserver le système belge d’indexation des salaires, il n’y a donc que 3 solutions possibles.

1) Faire assumer l’entièreté de l’appauvrissement relatif par les indépendants, jusqu’à ce qu’ils disparaissent complètement.

2) La fuite dans l’hyperinflation afin de maintenir en permanence les salaires en retard sur la hausse des prix.

3) Le maintient de l’indexation mais l’abaissement du montant facial indexé, par exemple, en transformant les travailleurs en chômeurs, mais sans jamais toucher à l’indexation des uns et des autres.

 

Heureusement, dans la vraie vie, il ne faut jamais choisir. On aura les trois avant que l’indexation des salaires ne disparaisse définitivement du paysage belge.

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