Peter Praet et la bulle de l’optimisme

Il convient de se réjouir. Un Belge (même pas Flamand) est nommé à un poste international prestigieux. Joie, donc.

Farpaitement Monsieur ! 25 années de vaches grasses ! Garanties pièces et main-d'oeuvre !

Bien entendu, nous ne doutons pas un seul instant de sa compétence et c’est par pure malveillance qu’on rappellera qu’un bon économiste n’est jamais qu’un mauvais mathématicien cultivé.

En bref, Peter Praet colle parfaitement au poste car il connaît assez de théories économiques pour justifier n’importe quelle opinion du moment et il me revient une prédiction géniale de sa part formulée en 1999 !

 

« PP : Le choc (pétrolier) n’est pas bien compris dans un premier temps (…) C’était le début d’une phase de contraction d’un cycle Kondratiev.

Journaliste : C’était donc la fatalité!

PP : Les cycles économiques  Kondratiev recouvrent une cinquantaine d’années: 25 ans de hausse, 25 ans de contraction. En 1973 se termine une période de hausse qui avait démarré en 1948 avec le transfert de technologie des Etats-Unis et l’ouverture du marché intérieur européen. Elle avait été une formidable période d’expansion. (…)

Journaliste : Mais pourquoi cette régularité dans les hausses et les baisses?

PP : Le grand économiste Mancur Olson a étudié les fondements sociologiques de ce cycle dans «The rise and fall of nations». En réalité, c’est un phénomène de sclérose de société. Quand cela va bien, on oublie les conditions qui ont favorisé l’essor. On s’habitue à un certain confort et on se perd en discussions sur la redistribution des revenus plutôt que sur leur création. L’inflation a été un des moyens à l’époque de redistribuer les revenus.

*En calculant bien, l’ère de baisse du cycle Kondratiev s’achève actuellement …

*En effet. Selon la théorie de Kondratiev, nous sommes donc au-devant de 25 années de vaches grasses ! Il y a des éléments objectifs qui plaident dans ce sens. Dans les années 30, c’est la chute du prix de la tôle qui allait favoriser l’expansion de l’après-guerre en permettant la production de biens de consommation à bon marché, dont la voiture. Le boom de l’an 2000 se nourrit de la chute du prix des ordinateurs. Depuis le début des années 90, aux Etats-Unis, les gains de productivité sont importants. Cela ressemble donc à un nouveau cycle Kondratiev. »

Je me souviens très distinctement qu’il avait répété cette prédiction à la télévision lors de son bref passage au cabinet du nouveau ministre des finances Didier Reynders.

A posteriori, prévoir 25 années de croissance en 1999, c’est quand même la bourde du millénaire ! Et quand elle vient d’un patron de la BCE, on ne va pas bouder notre plaisir.

 

Mais, ne soyons pas quand même trop vache, on a tous fait des prédictions foireuses et Peter Praet reste sans conteste un grand économiste.

Ce qui m’intéresse le plus dans cette histoire de prévision foireuse, c’est la mise en évidence de l’esprit de l’époque. On y croyait quand même à moitié à cette idée de croissance éternelle. L’Europe de l’Est s’était libérée, la Chine s’ouvrait au monde, l’Europe lançait une monnaie commune, Internet inaugurait une nouvelle société et l’histoire allait s’achever dans la victoire définitive de la démocratie. Il y avait un soupçon de crainte à propos d’un bug informatique géant le 1er janvier 2000, mais dès la 2 janvier, l’optimisme était à son sommet.

Puis, une bande de barbares barbus a détourné 4 avions et le monde occidental s’est enfoncé dans la dépression, l’intolérance et la peur de l’avenir.

Le CAC 40 a topé le 4 septembre 2000 à 6944 points et perdu 55% à ce jour. Le S&P 500 avait déjà topé le 24 mars 2000 à 1552 (-18% avec un nouveau plus haut en 2007).

 

Le théorie des vagues d’Elliott est, à ma connaissance, la seule qui permette d’ancrer solidement les comportements boursiers dans ces processus de flux et reflux des humeurs sociales (social mood). Les vagues que l’on cherche à découvrir ne proviennent pas de lois autonomes dans le mouvement de cours assimilables à je ne sais quelle thermodynamique financière inspirée des sciences physiques. Elle sont la transposition des mouvements d’humeur de la société sur un thermomètre particulièrement sensible. Les mêmes humeurs sociales sont à l’origine des choix politiques, de la mode et de la culture ; tous domaines qui ont donc une place légitime dans l’analyse boursière.

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