80 années de social-démocratie et de dettes

1. La décennie oubliée.

Matraqués pendant des années par la propagande soviétique qui faisait du nazisme le stade ultime du capitalisme, nous avons beaucoup de mal à accepter l’idée que le capitalisme est mort en 1929 et que les années 30 constituent déjà le post-capitalisme. Il y a comme une sorte d’impossibilité de penser publiquement cette décennie car le récit officiel a besoin que la rupture socio-politique entre le système capitaliste et notre monde actuel se passe au moment de la seconde guerre mondiale. Symboliquement, il est important de reproduire le scénario de la Révolution Française avec un Ancien Régime dispraissant dans les tréfonds de l’histoire et un nouveau monde surgissant du chaos. Le mythe est réactivé grâce à la fusion rapide de deux périodes pourtant distinctes, la grande dépression et la deuxième guerre mondiale.

Pour se déculpabiliser, les petits Allemands apprennent que l’arrivée au pouvoir d’Hitler fut le résultat de l’hyperinflation qui sévit outre-Rhin entre les deux guerres. Il est certainement plus agréable d’entendre ça plutôt que de penser que Papy votait librement et joyeusement pour le parti national-socialiste, mais les liens historiques entre les deux événements sont particulièrement peu évidents. L’hyperinflation démesurée est un phénomène du début des années vingt (1922-1923) et on oublie souvent que le gouvernement allemand y a mis fin dès 1923 par l’instauration du Rentenmark, puis du Reichmark en 1924 qui permet le rétablissement de l’étalon-or. A l’époque, Hitler est en prison suite au putsch manqué de Munich et les scores électoraux du NSDAP stagnent sous les 5 %. Ce n’est qu’au début des années ’30 que les nazis prennent de l’ampleur dans un contexte de déflation de la grande dépression. On voit que le lien entre inflation et nazisme est pour le moins ténu, mais en Allemagne, où l’on déteste l’inflation, il semble évident.

De même, en France, où l’on déteste le capitalisme, on apprend aux petits écoliers que la seconde guerre mondiale fut causée par le krach boursier de 1929. Et pourtant, comme dans l’exemple précédent, le lien est particulièrement peu évident. En effet, le point bas de la grande dépression fut atteint en 1932 ou 1933 selon les pays. Comme l’illustre les deux graphiques, l’économie redémarre vigoureusement dès avant la moitié de la décennie et en 1939 tous les pays occidentaux ont récupéré, et souvent dépassé, les niveaux de production d’avant le krach. L’indice Dow Jones atteint son point bas en juillet 1932 à 41,22 et remonte à 194,15 en mars 1937, soit une progression de 370 %. Même au pire moment de la guerre, il retrouvera jamais les plus bas de 1932. Loin de l’image de crise et de récession qu’on présente à nos chères têtes blondes, les pays qui se jettent dans la seconde guerre mondiale sont en pleine reprise économique.

Cette reprise économique a été provoquée par une série de nouvelles expériences socio-politiques qui, toutes, sont en rupture avec le capitalisme du 19ième siècle.  Même si on aime présenter la social-démocratie comme la déesse Athéna sortant tout armée du crâne de Lord Beveridge, c’est en réalité dans ces expériences des années ’30 qu’elle prend sa source.

A Suivre… )

Catégories : economie, histoire, L'essentiel du blog, politique | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “80 années de social-démocratie et de dettes

  1. A2

    Bonjour Pasm,
    à propos de ton article, j’aime rappeler ce que nous apprenait Howard Katz :
    -1) La Grande Crise (tremblez, bonnes gens!) de 29-32 n’était pas ce qu’on en raconte.
    -a) D’abord, personne – à part dans les journaux ou les films de Hollywood – ne se suicidait en se jetant par les fenêtres.
    -b) Ensuite, il s’agissait d’une période de redistribution de la richesse, des classes financières aux classes laborieuses. Les statistiques américaines (Historical Statistics of the United States, Colonial Times to 1970, published by the Commerce Department, series G-888, G-889, pp. 329-330) le montrent clairement : dans les années 30, la consommation de beurre par habitant a augmenté et celle de margarine a diminué. La consommation de viande est passée de 129 lbs par personne en 1930 à 144 lbs par personne en 1934. De plus, les dons aux oeuvres charitables ont très fortement augmenté – montrant que la vie quotidienne coûtait moins, et que, dès lors, plus d’argent était disponible pour la bienfaisance.
    -2) le PIB ou PNB est une invention socialiste immédiatement adoptée par le très socialisant F D Roosevelt. Cet indice ne reflète en rien le bien-être de la population, mais plutôt celui de l’appareil d’état. Howard Katz le démontrait très simplement : durant les années de guerre, le PIB américain a explosé, donnant l’image d’un pays florissant. Or, durant ces années, il était interdit de bâtir de nouvelles maisons. Impossible d’acheter de nouvelles voitures. Le pain, le beurre, la viande, le lait étaient strictement rationnés. La quantité d’essence pouvant être achetée était limitée à un gallon (3,79 litres) par semaine. Après la 2de guerre mondiale, la consommation privée de beurre et de margarine était de 16 livres par personne (c’est à dire, au niveau de 1879!)
    Dans ces conditions, comment peut-on dire que la population s’enrichissait?
    Ceci dit, j’ai hâte de lire la suite.

  2. Le PIB/PNB, c’est une vraie crasse de technocrate. Je suis preneur de références historiques sur le sujet.

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