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Les pays européens transfèrent leur dette vers leurs citoyens

Le graphique ci-dessous illustre le transfert du risque souverain espagnol et italien des fonds étrangers vers les ressortissants des pays en question. Nous avons connu le même phénomène en Belgique lors de la panique de novembre 2011 lorsque les citoyens belges ont sauvé le pays en se ruant sur les emprunts Leterme.

Si on veut voir le mauvais côté des choses, on se dira que les particuliers sont les derniers pigeons à plumer et qu’ils achètent toujours au pire moment avant le krach final. Par contre, si on est optimiste, on se dira qu’il reste suffisamment d’épargne disponible prête à s’investir en Europe du moment qu’on lui offre un rendement correct.

Pour notre part, nous pensons qu’il y a un peu des deux et que la hausse des taux générée par le krach généralisé des dettes souveraines permettra de réorienté la richesse vers l’épargne plutôt que la consommation, offrant ainsi à l’Europe une nouvelle ère de croissance. Mais Il faudrait d’abord que la BCE abandonne son irresponsable politique de taux éternellement bas.

Visualizing Europe’s « Ponzi Patriotism » | ZeroHedge.

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JP Morgan perd 2 milliards de dollars à cause d’une baleine

Hier, jeudi 10 mai, Jamie Dimon, CEO de JP Morgan a annoncé une perte potentielle de 2 milliards de dollars due à une opération de trading qui a mal tournée. Il est important d’en pénétrer les rouages car ce genre d’événements produit toujours un appel désespéré à plus de régulation financière. Or, dans le cas présent, aucune régulation n’aurait pu l’empêcher.

Comme la Société Générale en son temps (c’est-à-dire avant l’affaire Kerviel), JP Morgan fait habituellement figure de bon élève dans la gestion du risque. Contrairement à des institutions comme Goldman Sachs, elle n’a pas la réputation d’être un banque-casino et donne régulièrement des leçons de bonne gouvernance au reste du marché bancaire. Sa direction essaye même de prendre de l’avance dans l’implémentation des nouvelles normes, comme la Règle Volcker et les ratios de Bâle III. Et de ce qui semble apparaître à ce stade, c’est justement de sa soi-disant parfaite gestion du risque qu’a surgit son problème.

Tout démarre à Londres, dans un service de JP Morgan appelé Chief Investment Office (CIO) et dirigé par un trader français du nom de Bruno Iksil. Encore un trader français qui risque de faire sauter sa banque, se diront ceux qui se souviennent de Jérôme Kerviel et de Fabulous Fab. La fonction de ce service est de couvrir (hedger en franglais financier) le risque lié au gigantesque portefeuille crédit de JP Morgan. Il s’agit donc a priori d’une fonction tout-à-fait légitime et qui a sa place dans toute institution financière. Normalement, le CIO ne fait pas du trading pour compte propre. Il gère le risque de sa maison-mère en utilisant des produits de couverture adaptés à cette fonction. Evidemment, il s’agit de CDS et ceux-ci ont mauvaise réputation depuis la crise financière de 2008. Mais, alors que dans les années 2000, ils ont servi de façon spéculative à créer du levier dans le marché du crédit immobilier américain, ils sont ici utilisés dans leur fonction première, la couverture du risque d’un portefeuille de crédit.

Hélas, le trade a mal tourné. Comme le dit Jamie Dimon : « C’est une mauvaise stratégie, mal exécutée (…) et mal suivie ». Suite à la crise financière, les marchés sont devenus nettement moins liquides et les grosses institutions trouvent difficilement leur contrepartie sur certains marchés spécifiques. Les positions prises par Iskil étaient trop grosses pour le marché et, alors que normalement la liquidité des autres acteurs rétabli l’équilibre et le juste prix, les positions du CIO ont eu une influence directe sur le prix des produits dérivés. C’est de là que vient l’étiquette de « Baleine » qu’on a collé à Bruno Iskil. Comme une baleine dans un baignoire, il fait déborder l’eau et ne laisse de place à personne d’autre. L’indice sur lequel celui-ci travaillait s’est progressivement écarté de la valeur du sous-jacent. Pour tenter une comparaison, c’est comme si vous preniez l’ensemble des valeurs du CAC 40, que vous pondériez correctement ces valeurs et que vous obteniez un CAC 40 à 3000 alors que les produits répliquant l’indice cotent à 3500. Considérant que l’indice doit retourner nécessairement vers le cours du sous-jacent, la position de JP Morgan va nécessairement générer un perte. Le montant total de celle-ci est encore inconnu et dépendra de l’évolution du sous-jacent.

A priori, la perte de JP Morgan n’est donc pas imputable à une spéculation effrénée, mais à un excès de prudence dans le gestion de son risque. Tout n’est pas encore connu dans cette affaire, mais il est trop tôt pour prétendre que la Baleine de Londres courrait, comme Jérôme Kerviel ou Nick Leeson, après une spéculation à contre-tendance. L’application plus précoce de la règle Volcker n’aurait rien changé à l’affaire. Il est également de mauvais aloi de critiquer les produits utilisés en tant que tels et de prétendre qu’une régulation plus stricte serait nécessaire (comme si tout cela n’était pas déjà régulé de A à Z). A tout point de vue, il semble s’agir d’une erreur humaine, une erreur de calcul, une erreur de management, une erreur de reporting. Bref, un problème interne, contre lequel les régulateurs ne pourraient rien, sauf à prendre directement en charge la gestion opérationnelle de la banque.

Comme disent les américains : « shit happens ! ». Les entreprises ne connaissent pas que des succès. Il y a aussi des échecs, des opérations foireuses, des décisions merdiques, des employés incompétents ou malhonnêtes. Il impossible de tout prévoir, de tout prévenir et de tout réguler. Il faut accepter une part de risque. C’est comme ça, c’est la vie ! Et l’inverse, c’est la mort.

L’explication précise du trade en question sur ZeroHedge

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le bon et le mauvais crédit

Les biens capitaux

Pour comprendre les problèmes générés par un trop plein de crédit, il faut réaliser ce qu’est le capital. Dans un système économique développé comme le notre, le capital est le plus souvent confondu avec la représentation symbolique figurant sur les bilans d’entreprise et les relevés bancaires des particuliers. Mais la carte n’est pas le territoire et les écrits attestant d’un éventuelle fortune ne sont pas la fortune elle-même. Le capital (matériel, bien sûr, laissons de coté les innovations bourdivines sur le capital social ou culturel), c’est un ensemble de biens ; et l’accumulation du capital, dont Marx fait tant de cas, ne désigne rien d’autre que l’accumulation de biens matériels. De l’or et de l’argent métal, des terres, des maisons, des outils, des oeuvres d’art, de la nourriture. Dans les sociétés pré-capitalistes, ces biens sont tenus pour ce qu’ils sont, une forêt domaniale, des métaux précieux, etc. Mais, dans nos sociétés modernes, l’ensemble de ces biens se voient attribués une valeur monétaire qui permet, au final, d’additionner des pommes et des poires et de produire une représentation symbolique du-dit capital sous la forme d’un nombre fini d’euros, de dollars, etc. Par cet artifice comptable, nous créons l’illusion de l’existence d’un capital qui serait détaché des biens qui le constitue et dont on verra plus loin les conséquences. Pour l’instant, rappelons-nous seulement que le capital est constitué de biens capitaux qui ne diffèrent pas, par nature, des autres biens comme les biens de consommation, etc. Bien entendu, certains biens, comme les métaux précieux, se prêtent mieux à la conservation à long terme et, donc, ont une place privilégiée dans une politique d’accumulation. Pour le reste, on pourrait accumuler des pommes de terre plutôt que de l’or que ça ne changerait rien aux lois de l’économie.

L’épargne, l’investissement et le taux d’intérêt

Imaginons donc une île où tout le monde produit, consomme et accumule des pommes de terre (ou, n’importe quel autre bien, du blé, de l’oseille, des radis…). La production permet de dépasser le niveau de la survie et les habitants ont réussi à épargner 100 patates.


Sur l’île de la Patate, il existe également un entrepreneur surtaxé (tous les entrepreneurs sont surtaxés) qui a entendu parler des Iles Sandwich et qui aimerait changer son ordinaire. S’il arrête de cultiver les pommes de terre, vit sur le stock de 100 patates et construit un bateau, il pourra ramener des sandwich. L’investissement en patates sera remboursé par le suite en sandwich. On remarquera que jusqu’ici, le statut juridique des biens importe peu. Pas besoin de capitalisme ni de propriété privée. Quel que soit le système politique en vigueur, l’épargne et de l’investissement sont des réalités économiques universelles. Le processus sera toujours le même, sur-production, constitution d’un stock, consommation du stock au sein d’un projet plus ou moins incertain et, dans le meilleur des cas, reconstitution d’un stock supérieur grâce à la réussite du projet.Là où la propriété privée va laisser son empreinte, c’est dans le mode de gestion de la production surnuméraire et l’attribution aux différents projets possibles. Dans un système économique libre fondé sur la propriété privée, l’entrepreneur et l’épargnant vont s’ajuster au travers du taux d’intérêt. Comme tous les prix, celui-ci informe les acteurs économiques de l’offre et de la demande de biens capitaux. L’épargnant découvrira la demande de capital et ajustera sa production et sa consommation pour y répondre, l’entrepreneur connaîtra la quantité de biens capitaux disponibles et pourra évaluer l’utilité de les consommer en fonction de ses différents projets et de leur rentabilité respective.

Le mauvais crédit

Revenons à notre entrepreneur (surtaxé) de l’Ile de la Patate. Avec 100 patates, il se croit capable de construire un bateau pour rejoindre l’île voisine. Mais, son vrai projet – son grand rêve ! – c’est de creuser un tunnel entre les deux îles afin que chacun puisse aller chercher ses sandwich à pied pendant la pause-déjeuner. Hélas, la construction de ce tunnel lui prendrait 2 à 3 fois plus de temps et, pour pouvoir s’y consacrer, il aurait besoin de 200 patates. Sur un marché libre, l’obtention d’un tel nombre de patate ferait exploser le taux d’intérêt exigé par les producteurs et l’entrepreneur abandonnerait un projet irréaliste dans les conditions actuelles.Mais, imaginez que, suite à une erreur de calcul, une manipulation de marché ou une fraude comptable quelconque, le taux d’intérêt ne reflète pas la réalité des quantités de biens capitaux mis à disposition de notre entrepreneur et lui donne l’impression d’une abondance illusoire. Le voilà donc qui, délaissant la construction de son petit bateau, se met à creuser un tunnel. Au bout d’un moment, il aura consommé les 100 patates qui étaient réellement disponibles et les greniers seront vides. Plus moyen de trouver des patates excédentaires et, si lui-même ne veut pas mourir de faim, il devra abandonner son tunnel et retourner cultiver des pommes de terre. Là où la communauté aurait pu avoir un bateau, elle n’a plus qu’un demi-tunnel. Mais, un demi-tunnel, ça ne vaut rien ! Ce n’est jamais qu’un bête trou dans le sable qui ne sert à rien et qui ne peut nourrir personne. Quant aux 100 patates, elles ont été consommées et n’existent plus. Fini. Peau de balle.Alors que dans le premier cas (celui présenté par tous les manuels d’économie), le système d’épargne et d’investissement a permis de créer de la richesse, dans le second (celui dont on ne parle jamais), on a détruit de la richesse.

Les politiques de taux bas sont destructrices de valeur.

Aucun système ne peut éviter totalement ce mauvais crédit, il y aura toujours des mauvais calculs ou des moments d’enthousiasme tels qu’on surestime les ressources disponibles. Dans un marché libre, la régulation viendra d’une hausse des taux d’intérêt et de la faillite des entrepreneurs les moins rentables. Les biens capitaux, devenus plus rares, seront réaffectés vers les projets les plus lucratifs et l’augmentation de la rentabilité moyenne permettra de reconstruire les stocks des biens capitaux détruits par le mauvais crédit.Hélas, dans un système où les taux sont maintenus artificiellement bas pendant de longues périodes, le rééquilibrage du système ne peut pas se faire et chacun continue à consommer les biens capitaux au-delà de toute raison pour des projets de plus en plus farfelus. Si on force les taux réels en territoire négatif, il n’y a même plus besoin de projet. Il semble devenir intelligent de détruire les biens capitaux pour acquérir des biens de consommation ordinaire.En période d’inflation, emprunter (plutôt qu’épargner) pour acheter un bien qui aura augmenté le lendemain peut sembler tout-à-fait logique d’un point de vue individuel. Mais d’un point de vue collectif, ça reste une absurdité sans nom qui détruit de la valeur dans le système économique. Les keynésiarques insistent sans cesse sur l’effet positif d’une augmentation de la consommation. Mais c’est oublier que l’achat à crédit ne produisant aucune rentrée particulière, le remboursement du capital et des intérêts se fait nécessairement par une réduction de la consommation à un autre moment.Un autre effet pervers dont on ne parle jamais réside dans la démotivation des producteurs. La production n’est pas une constante arbitraire. C’est un choix d’investissement des producteurs qui arbitrent entre leur travail et leur temps libre. Si, suite à la baisse des taux d’intérêt, l’épargne est mal rémunérée, à quoi bon se fatiguer à produire des surplus ?Par leur politique de taux bas, les banques centrales sont donc directement responsables, à la fois, d’une réduction de l’accumulation capitalistique et d’une sur-consommation des biens capitaux existants. Dans les deux cas, elles participent à l’appauvrissement général de la société.

Le krach

Incapable de purger son mauvais crédit, le système économique va alimenter les comportements destructeurs de richesse jusqu’à ses limites physiques. Comme sur l’Ile de la Patate, les biens capitaux viendront à totalement disparaître et lorsque l’on se rendra finalement compte, ce sera le krach.La situation pourra temporairement être camouflée par l’utilisation de fictions comptables. Souvenez-vous que plus personne dans nos sociétés modernes n’a un accès direct à son capital. Tout transite par des représentations symboliques telles que les bilans d’entreprise et les relevés bancaires. Il est possible – temporairement – de manipuler ces représentations pour camoufler l’absence de biens capitaux tangibles derrière les chiffres. C’est la situation actuelle. L’abandon de la règle du « mark to market »et autres stratagèmes embellissent des structures bilantaires qui, sinon, serait négatives. A leur tour, ces bilans sont utilisés pour calculer la valeur de biens d’investissement et produisent un effet d’optique de richesse qui incite les particuliers en bout de chaîne à consommer (alors même qu’ils devraient épargner pour reconstituer les richesses perdues.)Tout ce petit jeu tient tant qu’on peut se contenter de faire circuler des chiffres et autres éléments immatériels. Mais le problème surgit tôt ou tard quand quelqu’un essaye de récupérer les biens réels qui servent au fondement de ces représentations symboliques. Quand il faut allonger les patates, on constate qu’elles ne sont plus là. Elles ont été mangées. C’est fini. L’impossibilité de maintenir la fiction comptable à un bout de la chaîne va entraîner un effet systémique dévastateur. Ceux qui se pensaient riches se découvrent pauvres, cessent de consommer et essayent de récupérer leurs biens. Mais ces biens ont disparu, il ne restait plus que leur ombre sur le papier.L’apurement du système passe par des faillites en cascade, détruisant sur le papier ce qui était déjà détruit dans les faits. Le sentiment de crise incite à la thésaurisation, l’argent cesse de circuler et les taux d’intérêts montent en flèche. Le système a finalement purgé le mauvais crédit.C’est ce qui se passe aujourd’hui en Grèce.

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