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Les Ellioticiens attendent le krach du siècle

Si je m’en réfère à la théorie des vagues d’Elliott, il ne faut pas faire attention aux derniers rally sur les indices boursiers. On se rappellera mon post sur Peter Praet et la bulle de l’optimisme. Son intention était de mettre en évidence le tournant des années 2000 comme la fin d’une vague 5 commencée aux débuts des années 80 et l’entrée dans une correction en ABC. A peu près tous les elliotticiens s’attendent à ce que le point C (la fin du grand marché baissier de ces dernières années) s’achève dans un krach de même nature qu’en 1929 (-89% au final). On parle donc d’un CAC à 3 chiffres, peut-être même d’un DJIA à 3 chiffres.
La théorie des vagues d’Elliott n’est pas une pure discipline chartiste, c’est avant tout une analyse de la diffusion des humeurs sociales. De même que le point 5 doit correspondre à un pic d’optimisme, le point C doit correspondre à un creux de pessimisme. Or, de façon évidente, nous ne l’avons pas encore atteint.
Aujourd’hui, la majorité des petits investisseurs pensent que nous sommes juste dans un mauvais moment qui passera comme toujours et qu’il suffit de serrer les fesses et d’attendre, comme ils l’ont à chaque fois fait dans le passé. La population globale est dans le même état d’esprit et pense sauver le modèle social européen par un peu de rigueur budgétaire, une chasse à la fraude et quelques années difficiles. Rien de symétriquement comparable à l’excès d’optimisme de 2000. On est encore loin, ne serait-ce que de la mentalité de la fin des années 70, qui pourtant était une crise de niveau inférieur. Souvenez-vous, la Fraction Armée Rouge, Action Directe, les assassinats de politiciens et les attentats aveugles. Le tout sous les hululements des Sex Pistols. Ca, ça ressemble déjà plus à un creux de pessimisme !
La personnalité des sous-vagues a également son importance.
La vague 1 est perçue comme un pure problème de spéculateurs, comme la crise de 2008 n’était normalement qu’un problème de subprimes aux USA. C’est pendant la vague 3 que l’importance de la vague commence à être perçue par le grand public. Le gap fréquent à la 3.3 marque « le point de reconnaissance », c’est-à-dire la prise de conscience collective du phénomène en cours. La vague 5 correspond enfin à l’action entraînée par la prise de conscience de la vague 3.
A ce niveau également, on peut sentir qu’on est quelque part dans une vague 3 mais avant la 3.3. Les questions, jusqu’ici purement académiques, de défaut souverain, de credit crunch, de courbes des taux, d’inflation/déflation deviennent monnaie courante dans la bonne société. Les agences de rating, inconnues du grand public il y a encore 3 ans, sont au centre de toutes les attentions. La conscience que quelque chose d’important est en train de se jouer se répand dans la population. Lorsque Monsieur tout-le-monde, dont la fortune est plus grande que celle du Roi d’Angleterre, va commencer à en tirer les conclusion sur la gestion de son épargne, aucune bourse au monde ne lui résistera.
Pour le décompte à très long terme des vagues d’Elliott sur le Dow Jones, je vous revoie chez Daneric.
L’objectif de la correction en cours est de revenir dans le range de la vague IV en rose, c’est-à-dire quelque part entre 700 et 1000 points. D’incurables optimistes pensent qu’on peut s’arrêter au niveau (4) d’ordre inférieur, c’est-à-dire vers 2500.
Une seule chose est sûre, serrer les fesses ne sera pas suffisant !
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Peter Praet et la bulle de l’optimisme

Il convient de se réjouir. Un Belge (même pas Flamand) est nommé à un poste international prestigieux. Joie, donc.

Farpaitement Monsieur ! 25 années de vaches grasses ! Garanties pièces et main-d'oeuvre !

Bien entendu, nous ne doutons pas un seul instant de sa compétence et c’est par pure malveillance qu’on rappellera qu’un bon économiste n’est jamais qu’un mauvais mathématicien cultivé.

En bref, Peter Praet colle parfaitement au poste car il connaît assez de théories économiques pour justifier n’importe quelle opinion du moment et il me revient une prédiction géniale de sa part formulée en 1999 !

 

« PP : Le choc (pétrolier) n’est pas bien compris dans un premier temps (…) C’était le début d’une phase de contraction d’un cycle Kondratiev.

Journaliste : C’était donc la fatalité!

PP : Les cycles économiques  Kondratiev recouvrent une cinquantaine d’années: 25 ans de hausse, 25 ans de contraction. En 1973 se termine une période de hausse qui avait démarré en 1948 avec le transfert de technologie des Etats-Unis et l’ouverture du marché intérieur européen. Elle avait été une formidable période d’expansion. (…)

Journaliste : Mais pourquoi cette régularité dans les hausses et les baisses?

PP : Le grand économiste Mancur Olson a étudié les fondements sociologiques de ce cycle dans «The rise and fall of nations». En réalité, c’est un phénomène de sclérose de société. Quand cela va bien, on oublie les conditions qui ont favorisé l’essor. On s’habitue à un certain confort et on se perd en discussions sur la redistribution des revenus plutôt que sur leur création. L’inflation a été un des moyens à l’époque de redistribuer les revenus.

*En calculant bien, l’ère de baisse du cycle Kondratiev s’achève actuellement …

*En effet. Selon la théorie de Kondratiev, nous sommes donc au-devant de 25 années de vaches grasses ! Il y a des éléments objectifs qui plaident dans ce sens. Dans les années 30, c’est la chute du prix de la tôle qui allait favoriser l’expansion de l’après-guerre en permettant la production de biens de consommation à bon marché, dont la voiture. Le boom de l’an 2000 se nourrit de la chute du prix des ordinateurs. Depuis le début des années 90, aux Etats-Unis, les gains de productivité sont importants. Cela ressemble donc à un nouveau cycle Kondratiev. »

Je me souviens très distinctement qu’il avait répété cette prédiction à la télévision lors de son bref passage au cabinet du nouveau ministre des finances Didier Reynders.

A posteriori, prévoir 25 années de croissance en 1999, c’est quand même la bourde du millénaire ! Et quand elle vient d’un patron de la BCE, on ne va pas bouder notre plaisir.

 

Mais, ne soyons pas quand même trop vache, on a tous fait des prédictions foireuses et Peter Praet reste sans conteste un grand économiste.

Ce qui m’intéresse le plus dans cette histoire de prévision foireuse, c’est la mise en évidence de l’esprit de l’époque. On y croyait quand même à moitié à cette idée de croissance éternelle. L’Europe de l’Est s’était libérée, la Chine s’ouvrait au monde, l’Europe lançait une monnaie commune, Internet inaugurait une nouvelle société et l’histoire allait s’achever dans la victoire définitive de la démocratie. Il y avait un soupçon de crainte à propos d’un bug informatique géant le 1er janvier 2000, mais dès la 2 janvier, l’optimisme était à son sommet.

Puis, une bande de barbares barbus a détourné 4 avions et le monde occidental s’est enfoncé dans la dépression, l’intolérance et la peur de l’avenir.

Le CAC 40 a topé le 4 septembre 2000 à 6944 points et perdu 55% à ce jour. Le S&P 500 avait déjà topé le 24 mars 2000 à 1552 (-18% avec un nouveau plus haut en 2007).

 

Le théorie des vagues d’Elliott est, à ma connaissance, la seule qui permette d’ancrer solidement les comportements boursiers dans ces processus de flux et reflux des humeurs sociales (social mood). Les vagues que l’on cherche à découvrir ne proviennent pas de lois autonomes dans le mouvement de cours assimilables à je ne sais quelle thermodynamique financière inspirée des sciences physiques. Elle sont la transposition des mouvements d’humeur de la société sur un thermomètre particulièrement sensible. Les mêmes humeurs sociales sont à l’origine des choix politiques, de la mode et de la culture ; tous domaines qui ont donc une place légitime dans l’analyse boursière.

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