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Eléments de stratégie politique au service des libertariens

Ce texte tente de tirer les conséquences pratiques de la réflexion théorique que j’avais esquissé dans un billet précédent : « le pouvoir, base du système politique« 

L’illusion de la démocratie formelle

Le jour où les libertariens auront une réelle chance de gagner une élection, le gouvernement changera les règles électorales ! N’oublions jamais que l’Etat n’est pas seulement une grande fiction et une hallucination collective, c’est aussi et surtout un service club où d’innombrables intérêts se coalisent pour obtenir des avantages matériels. Les privilégiés du système ne se laisseront jamais débarquer de façon calme, pacifique et honorable. Les lois, et particulièrement les lois électorales, ont comme unique but de préserver la stabilité du système qui les nourrit. Lorsque cette stabilité sera mise en danger, ils trouveront des nouvelles règles du jeu mieux adaptées à leur intérêt direct.

Pour mémoire, en France, l’instauration de la cinquième république sert, entre autre, à couper court à la poussée poujadiste qui bénéficiait d’un régime presque proportionnel. En Belgique, dans les années ’90, les partis traditionnels déjà confrontés à l’érosion de leur pouvoir par le Vlaams Blok et les écologistes, ferment définitivement les portes du parlement à de futurs challengers en changeant les règles de financement des partis. Prenant prétexte de leur propre corruption, ils interdisent les financements privés et assurent une rente publique aux partis ayant déjà des élus. Dans presque tous les pays du monde, quand un référendum ne donne pas le résultat attendu, on l’annule et on recommence jusqu’à obtenir la réponse souhaitée par le gouvernement. Et sous nos yeux, en Grèce, on voit bien qu’un vote massif contre l’austérité est traité comme un simple incident technique à contourner rapidement afin de maintenir le pouvoir des technocrates européens.

Il est totalement inutile de se demander ce que feraient les libertariens s’ils étaient aujourd’hui au sommet de l’Etat parce que l’ensemble du système est construit pour s’assurer qu’ils n’y soient pas. Nous pourrions encore convertir F. Hollande au libéralisme le plus radical, presque rien ne changerait en France. Le système est ainsi constitué qu’il ne peut agir dessus qu’à l’aide de politiques socialistes et que l’abandon du socialisme au profit d’un libéralisme bien trempé ne conduira qu’à la perte de son pouvoir personnel. Le premier pas des libertariens vers une action politique passe par la compréhension qu’ils sont nécessairement perdants s’ils suivent les règles définies par le pouvoir actuel. Ils doivent se détacher de la fiction selon laquelle la politique en démocratie est un débat d’idées servant à convaincre des électeurs qui vont leur donner mandat pour mettre en oeuvre un programme. La politique restera toujours une affaire de pouvoir et, en démocratie, l’élection ne fait que confirmer un pouvoir qui a été conquis ailleurs d’une façon ou d’une autre.

En nous appuyant sur cette primauté du pouvoir, nous pouvons définir quatre grands axes à toute action politique libertarienne. Les déclinaisons locales se feront évidemment au gré des circonstances avec l’esprit d’opportunisme nécessaire à toute aventure politique.

1. Maintenir sa pureté idéologique

A ce jour, l’idéologie est probablement notre seule arme. Nous ne disposons ni de militants, ni de réseaux, ni de fonds, ni d’expertises particulières qui nous permettraient d’imposer nos priorités ou nos solutions. La seule chose dont nous disposons, c’est de la foi inébranlable d’avoir raison aussi bien au niveau de l’analyse que des valeurs. Nous ne pouvons pas sacrifier notre seul atout sous peine de n’avoir plus rien du tout. Celui qui abandonne sa pureté idéologique sous prétexte de viser un poste quelconque se retrouvera pieds et poings liés au système car il ne disposera plus d’aucun avantage face aux autres participants. Dès que nous sommes aux prises avec le système politique, la pression est forte et systématique pour que nous mettions de l’eau dans notre vin. Nous ne devons jamais y céder. Soit l’autre camp à un intérêt matériel à ce que nous participions au système et c’est à lui de faire un compromis en acceptant de reconnaître la valeur de nos idéaux, soit il n’a aucun intérêt particulier en jeu et il n’offrira rien en retour de notre reniement. Commencer par affaiblir nos positions dans l’espoir d’obtenir la charité d’un politicien, ça revient exclusivement à reconnaître que nous avons tellement peu de pouvoir que nous cédons dès avant le combat.

Nous entendons également souvent dire que telle ou telle option libertarienne aurait aujourd’hui un effet négatif vu l’état de la société et de la population. Et alors, que diable ? Il importe seulement de savoir si cette mesure sera intelligente le jour où les libertariens seront en mesure de l’imposer. On s’en fiche de savoir quelles seraient les conséquences si Hollande la mettait en oeuvre, vu que Hollande ne la mettra jamais en oeuvre. Nos propositions doivent être claires, explicites et adaptées à un monde où les libertariens représentent une vraie force politique. De toute façon, dans un monde socialiste, nous n’aurons jamais l’occasion de les mettre en oeuvre.

2. Acquérir du pouvoir

Comme nous l’avons compris, le pouvoir n’est pas issu de l’Etat ou des élections. Le jeu politique consiste à fédérer, accumuler, et utiliser le pouvoir, mais chacun porte quelques petites ressources de pouvoir, une place en vue dans une entreprise ou un réseau, une expertise particulière, l’accès à une info stratégique ou simplement quelque argent. La première fonction d’un mouvement politique est de regrouper ces ressources. Il est évidemment impossible à ce niveau de donner des conseils précis, chaque situation étant particulière. Ce sera l’habileté sociale d’une sorte d’entrepreneur politique de repérer ces ressources et de les coaliser. Il y a néanmoins deux points essentiels.

D’abord, il est trop facile d’imputer l’éventuel échec d’un parti libertarien à l’individualisme atavique de ses membres. C’est une excuse qu’on entend fréquemment et qui s’appuie sur l’idée fausse que les partis traditionnels réussissent grâce au dévouement de leurs membres. En réalité, il n’y a pas plus cynique, égoïste et profiteur qu’un politicien ordinaire et les militants libertariens sont des anges d’abnégation et de dévouement à coté d’eux. Si les partis traditionnels restent unis, c’est parce que leurs dirigeants sont capables de gérer des relations de pouvoir et que chacun a quelque chose à gagner dans la relation qui l’unit au parti. Il n’y a pas de différence entre la gestion politique de la cité et la gestion politique d’un parti. N’espérez pas des membres d’un mouvement libertarien qu’ils se dévouent pour la cause. Achetez-les en leur faisant prendre part à une relation mutuellement profitable.

Ensuite, il est une stratégie qui va en rebuter plus d’un mais qui est absolument nécessaire. Par essence, la politique nécessite de tisser des réseaux et l’isolement est une voie sans issue. Le mouvement naturel chez les libertariens est d’aller chercher des contacts chez les hommes politiques les plus libéraux des partis politiques. Mais, à part quelques gratifications symboliques à court terme, que pouvons-nous espérer de gens qui ont un intérêt direct au maintient du système ? En réalité, nos efforts seraient mieux orientés à tisser des liens avec les autres mouvements marginaux qui combattent le système social-démocrate, communistes, fascistes, indignés divers, écologistes radicaux et autres déviants sectaires. Ce sont des gens que nous n’aurions pas envie de recevoir dans notre salon mais qui partagent au moins certains de nos objectifs à court terme et dont la fréquentation peut politiquement nous enrichir. Partout dans le monde, les mouvements de révolte contre les systèmes dictatoriaux sont des coalitions improbables de groupes aux idéologies incompatibles mais qui, par exaspération, finissent par s’unir pour faire tomber le régime. Il y a probablement là un exemple à méditer.

3. Affaiblir la légitimité des gouvernements

Les gouvernements sont avides de légitimité car elle leur permet de consommer moins de ressources dans l’exercice du pouvoir. Si les gens ne payaient pas d’eux-même leurs impôts, les Etats occidentaux n’auraient sans doute jamais la force nécessaire pour venir les prendre. Partout où l’Etat jouit d’une légitimité qui lui permet d’obtenir ce qu’il veut sans faire le moindre effort, nous devons essayer de lui rendre la tâche difficile. Il faut que chacune des actions de prédation à laquelle il se livre lui coûte le plus de ressources possibles. Rien ne doit être simple.

Une des façons pour l’Etat d’assumer sa facilité d’action est de faire intégrer par la population ses propres contraintes de fonctionnement. L’Etat et ses médias définissent un canevas type du bon citoyen, engagé, consciencieux, raisonnable, respectable et responsable. Sous le vernis de la fausse morale, c’est une prison intellectuelle qui se construit quotidiennement et qui permet d’assurer la docilité du peuple. Il faut faire éclater cette prison pour que chaque relation de l’Etat avec ses citoyens deviennent un casse-tête insoluble. Dans toutes les affaires publiques, nous devons défendre l’inconscience, l’irresponsabilité et l’incivisme. Appel à l’abstention, au boycott, à la rébellion. Ce n’est pas notre réflexe naturel, mais lors des grèves dans les services publics, nous devons être du coté des grévistes, pas du gouvernement. Un fonctionnaire en grève fait moins de mal au pays qu’un fonctionnaire qui travaille. Et il occupe le gouvernement qui ne sait plus où donner de la tête. Et il plombe les finances publiques. Et il fait râler le peuple. Et au final, par son irresponsabilité même, il délégitimise l’Etat car il n’y a rien qui plombe plus le respect pour l’Etat que l’incurie. Chaque fois qu’on soutient et qu’on aide un gouvernement à équilibrer son budget, on lui facilite la vie et on lui offre du bois de rallonge. Ce n’est pas notre intérêt, ce ne peut pas être notre stratégie.

4. Couper les vivres au gouvernement

Nous sommes probablement le seul mouvement politique dont le but n’est pas la prise du pouvoir mais la dissolution de celui-ci. L’illusion légaliste tend à nous faire croire qu’il faut pénétrer dans l’appareil d’Etat pour parvenir à le contrôler. Mais c’est faux. En réalité, la dissolution du pouvoir nécessite de bloquer l’accès des politiciens aux sources de pouvoir dont ils ont besoin pour maintenir le système. Et cet assèchement des relations de pouvoir peut se faire de l’extérieur. Ce doit probablement être l’objectif premier de tout mouvement constitué. Plutôt que d’essayer de gagner des élections, ce qui est bien mais compliqué, il est plus facile de couper les vivres aux gouvernements.

Un gouvernement a besoin de 4 choses pour faire tourner la machine politique : des hommes, des bureaux, des infos et de l’argent. Ici encore, c’est la particularité des circonstances qui dictera la marche à suivre mais sur chacun de ces points, il faut tenter de le priver des ressources nécessaires. Décourager l’accès à la fonction publique, démotiver les fonctionnaires, les inciter à la grève perpétuelle. Bloquer d’une façon ou d’une autre l’accès à l’infrastructure matérielle. Contaminer les bases de données, mentir dans les enquêtes d’opinion, interdire les recensements. En matière d’information, il y a déjà beaucoup de choses qu’un petit groupe d’informaticiens décidés peut faire sans nécessairement sortir de la légalité.

Et puis, l’argent, le nerf de la guerre civile. Abandonnez l’idée que les gouvernements cherchent à équilibrer les recettes et les dépenses. En réalité, ils prennent tout ce qu’ils peuvent prendre et ils essayent (sans y parvenir) de ne pas gaspiller plus qu’ils n’ont pris. Depuis des décennies, le système progresse par un gros coup de dépenses suivi, au nom de la bonne gestion publique, d’une augmentation des impôts par le gouvernement suivant. Faisons attention à ne pas nous laisser prendre à ce mirage de la bonne gestion publique. Ce n’est qu’un temps d’équilibre nécessaire au mouvement suivant du système vers toujours plus de dépenses. Pour nous, rien ne justifie la moindre augmentation des impôts, tout est prétexte à les baisser. Quant à l’équilibre budgétaire, il n’est pas dans nos préoccupations ! Que les socialistes s’en chargent comme ils veulent. Notre seul objectif doit être l’assèchement des comptes publics.

Enfin, dans la même perspective, il convient que les libertariens se rendent compte de l’opportunité extraordinaire que représente la crise de la dette. Aujourd’hui, il n’est pas un seul Etat en occident qui pourrait vivre sans avoir accès aux marchés financiers. Ce devrait donc être un objectif prioritaire des libertariens que de les priver de cette source de liquidités. Parvenir à susciter ne serait-ce qu’un débat sur l’annulation de la dette aurait déjà comme effet immédiat une difficulté de refinancement pour nos gouvernements. Privés de l’argent nécessaire à sa gestion ordinaire, c’est tout le système politique qui va se démanteler et se fractionner. Les boucles de rétroactions qui garantissaient la reproduction du système vont se gripper et les privilégiés du régime vont perdre leurs capacités d’action, ouvrant la voie à de vrais challengers et à un changement de régime. La perspective semblera peut-être terrifiante pour les toutous de la République qui,finalement, ne vivent pas si mal dans le système actuel. Mais pour les vrais abolitionnistes, les « button pusher » dont parle Rothbard, l’opportunité est trop belle pour ne pas être exploitée. Haro sur la dette et vive le défaut. Pour une fois que nous avons la possibilité d’attraper l’Etat par les couilles, serrons le plus fort possible !

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Le pouvoir, base du système politique.

En préalable à un billet à venir sur les stratégies politiques à disposition des libertariens, j’aimerais revenir rapidement sur les notions de pouvoir et de système politique. La plupart du temps, ces termes sont utilisés à tort et à travers alors que, pour une fois, la sociologie en propose des définition assez claire. En évitant l’exposé académique stérile, je tiens à partir de l’erreur la plus fréquente, l’illusion du pouvoir personnel, pour montrer la façon comment se construit et s’intègre le système politique social-démocrate.

Trop souvent le langage courant nous présente le pouvoir comme une caractéristique d’un homme ou d’une fonction. Désormais, en France, François Hollande « a » le pouvoir, comme il « a » une jolie cravate ou qu’il « a » le cheveux rare. D’ailleurs, sera très prochainement organisé une « passation de pouvoir », durant laquelle on imagine bien Sarkozy offrant le pouvoir à  Hollande, comme il lui offrirait une tasse de thé ou des gâteaux secs. Abusé par l’image, on en vient à concevoir le pouvoir comme un objet ou une caractéristique personnelle.

En réalité, l’accès à telle ou telle fonction, ne donne pas le pouvoir, mais donne le contrôle sur des ressources de pouvoir. La distinction est importante, en arrivant à l’Elysée, François Hollande ne trouve pas le pouvoir au milieu de son bureau, mais acquiert la possibilité de contrôler une série de ressources qu’il va pouvoir décider d’utiliser (ou non) au sein d’une relation afin d’acquérir le pouvoir dans cette relation. Ce qui est premier, c’est la relation, pas le pouvoir. Vous pouvez encore bien posséder une bombe atomique, si vous êtes seul au monde, sans personne à menacer, vous n’aurez pas de pouvoir.

L’accès aux ressources de pouvoir et l’exercice du pouvoir lui-même sont deux réalités différentes. L’exercice du pouvoir nécessite un autrui dont vous allez faire plier la volonté à la vôtre. Tout l’enjeu du pouvoir réside dans cette capacité à réduire autrui à vos fins. Si personne ne paye ses impôts de bon coeur, rares sont ceux qui se le font littéralement arracher par la force. En réalité, l’autorité publique est parvenue à obtenir que le citoyen assujetti agisse contre sa propre volonté au bénéfice de l’Etat. Et elle obtient cela par le contrôle de ces ressources précieuses que sont les gendarmes, les matraques et les prisons. Il n’existe aucun lien direct entre le gouvernent et le contribuable. Que les gendarmes (quel que soit leur nom administratif) disparaissent et les impôts ne rentreront plus dans les caisses.

Et c’est là que l’analyse du pouvoir en tant qu’accès à des ressources prend tout son intérêt car, par définition, les ressources s’épuisent quand on les utilise. Quand un gendarme frappe un voleur, il use sa matraque et elle finit par casser, laissant le gendarme sans ressource. Quand un Etat tire un missile sur un pays voisin, il dispose d’un missile de moins. Quand un politicien local offre un subvention à une association, c’est autant d’argent qu’il ne peut utiliser à autre chose. Le maintient d’une relation de pouvoir stable nécessite donc un renouvellement permanent des ressources. Si une association reçoit une subvention, elle l’utilisera à son bon plaisir. Mais, si elle a conscience que cette subvention peut être versée tous les ans, elle s’abstiendra de nuire à celui qui l’attribue. C’est la récurrence de la subvention qui garanti la stabilité du pouvoir.

Vu sous cet angle, la grande question de la politique devient donc celle de la régénération des ressources de pouvoir. Comment garantir la pérennité de la relation de pouvoir en maintenant un flux permanent de ressources nouvelles ? Si un politicien subventionne un association qui utilise ensuite cet argent pour le combattre, on aura compris qu’il a dépensé inutilement ses ressources de pouvoir. Si, au contraire, l’action de l’association subventionnée lui permet de dégager de nouvelles ressources de pouvoir (par exemple financières), la première dépense aura été un investissement intelligent lui permettant à terme d’accroître son pouvoir. Il en sera de même si l’association en question, sans lui garantir de nouvelles ressources, travaille à légitimer son action et, donc, à réduire les ressources à consommer dans d’autres relations. Celui qui aura investi intelligemment verra son aire d’influence augmenter progressivement au détriment de celui qui aura mal investi. Ainsi se met progressivement en place, presque par sélection naturelle, un système politique stable où chaque relation de pouvoir permet d’obtenir des ressources qui garantissent d’autres relations. Les impôts levés sur le territoire permettent de faire la guerre. La guerre permet d’instaurer un échange image contre loyauté avec les médias. La loyauté des médias garantit la légitimité du gouvernement qui peut donc plus facilement lever des impôts. Un système politique stable se caractérise donc par un ensemble de relation de rétroaction qui se renforcent les unes les autres formant un tout cohésif.

Avec le temps, le système va s’étendre et intégrer l’ensemble de la population. Car, si le dominant veut soumettre le dominé, c’est bien que celui-ci peut offrir quelque chose à celui-là. La relation est déséquilibrée en faveur de l’un des partenaires (sinon on ne pourrait parler de pouvoir), mais aucun des partenaires n’est totalement démuni. Ainsi le dominé peut, dans une certaine mesure, manoeuvrer le dominant et il le pourra d’autant plus qu’il fournira à ce dernier de nouvelles ressources de pouvoir. L’accès au centre du système sera donc déterminé par la capacité à intégrer toujours plus de personne dans le système politique. Au modèle traditionnel de la hiérarchie pyramidale où la question majeure est celle de la domination et de la soumission, va se substituer progressivement un modèle systémique en réseau où domine la question de l’intégration et de l’exclusion. Aujourd’hui, celui qui est démuni de pouvoir, ce n’est plus l’opprimé, c’est le marginal.

Par là, il apparaît qu’il est illusoire d’espérer un changement du système par l’intérieur. Les actions contraires à la stabilité du système réduisent l’influence de celui qui les pose et l’excluent progressivement en le renvoyant aux marges. Au contraire, ceux qui aident à la reproduction du système y puiseront plus de pouvoir et verront augmenter leur influence sur le coeur du système. C’est la définition même d’un système fonctionnel et stable que d’assurer sa propre régénération. La destruction du système ne peut se concevoir que par deux moyens, la destruction directe du lien politique qui en unit les acteurs ou la disparition soudaine des ressources qui en assurent la reproduction.

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