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La dette publique, héritage des Trente Glorieuses « Théorème du Bien-Être

Excellent article sur « théorème du bien-être« . Le genre de calcul que nous aimons parce qu’il déroute, qu’il dessille et qu’ils dérange.

« L’attribution de la dette publique à tel ou tel gouvernement se fait généralement de manière grossière et inéquitable. Elle consiste à comparer le volume de la dette à son entrée en fonction et à la fin de son mandat. (…)

Pourquoi cette méthode est-elle « inéquitable » ? Parce que dans le déficit d’un gouvernement en exercice, on trouve les intérêts versés au titre des dépenses impayées de leurs prédécesseurs. Tant que ces vieilles factures ne sont pas honorées, leur montant croit de manière géométrique par le mécanisme des intérêts composés. »

En clair, le fait pour un politicien de ne pas avoir rembourser la dette laissée par son prédécesseur ne suffit pas à le rendre responsable des intérêts générés de façon exponentielle par cette dette préalable. La conséquence directe de cette nouvelle façon (beaucoup plus logique) de comptabiliser les responsabilité de chacun, c’est que l’ancienneté d’une part donnée de la dette à un effet immédiat sur sa part dans la dette totale.

La dette contractée avant 1973, donc pendant les trentes glorieuses, représente finalement plus de 50 % de la dette totale de la France. On peut (et on doit !) reprocher aux politiciens suivants de n’avoir rien fait pour rembourser cette dette, mais ce ne sont pas eux qui l’ont crée. Il est donc totalement faux de faire de la dette publique un problème récent de la dernière décennie. Les racines en sont bien plus anciennes.

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Le pouvoir, base du système politique.

En préalable à un billet à venir sur les stratégies politiques à disposition des libertariens, j’aimerais revenir rapidement sur les notions de pouvoir et de système politique. La plupart du temps, ces termes sont utilisés à tort et à travers alors que, pour une fois, la sociologie en propose des définition assez claire. En évitant l’exposé académique stérile, je tiens à partir de l’erreur la plus fréquente, l’illusion du pouvoir personnel, pour montrer la façon comment se construit et s’intègre le système politique social-démocrate.

Trop souvent le langage courant nous présente le pouvoir comme une caractéristique d’un homme ou d’une fonction. Désormais, en France, François Hollande « a » le pouvoir, comme il « a » une jolie cravate ou qu’il « a » le cheveux rare. D’ailleurs, sera très prochainement organisé une « passation de pouvoir », durant laquelle on imagine bien Sarkozy offrant le pouvoir à  Hollande, comme il lui offrirait une tasse de thé ou des gâteaux secs. Abusé par l’image, on en vient à concevoir le pouvoir comme un objet ou une caractéristique personnelle.

En réalité, l’accès à telle ou telle fonction, ne donne pas le pouvoir, mais donne le contrôle sur des ressources de pouvoir. La distinction est importante, en arrivant à l’Elysée, François Hollande ne trouve pas le pouvoir au milieu de son bureau, mais acquiert la possibilité de contrôler une série de ressources qu’il va pouvoir décider d’utiliser (ou non) au sein d’une relation afin d’acquérir le pouvoir dans cette relation. Ce qui est premier, c’est la relation, pas le pouvoir. Vous pouvez encore bien posséder une bombe atomique, si vous êtes seul au monde, sans personne à menacer, vous n’aurez pas de pouvoir.

L’accès aux ressources de pouvoir et l’exercice du pouvoir lui-même sont deux réalités différentes. L’exercice du pouvoir nécessite un autrui dont vous allez faire plier la volonté à la vôtre. Tout l’enjeu du pouvoir réside dans cette capacité à réduire autrui à vos fins. Si personne ne paye ses impôts de bon coeur, rares sont ceux qui se le font littéralement arracher par la force. En réalité, l’autorité publique est parvenue à obtenir que le citoyen assujetti agisse contre sa propre volonté au bénéfice de l’Etat. Et elle obtient cela par le contrôle de ces ressources précieuses que sont les gendarmes, les matraques et les prisons. Il n’existe aucun lien direct entre le gouvernent et le contribuable. Que les gendarmes (quel que soit leur nom administratif) disparaissent et les impôts ne rentreront plus dans les caisses.

Et c’est là que l’analyse du pouvoir en tant qu’accès à des ressources prend tout son intérêt car, par définition, les ressources s’épuisent quand on les utilise. Quand un gendarme frappe un voleur, il use sa matraque et elle finit par casser, laissant le gendarme sans ressource. Quand un Etat tire un missile sur un pays voisin, il dispose d’un missile de moins. Quand un politicien local offre un subvention à une association, c’est autant d’argent qu’il ne peut utiliser à autre chose. Le maintient d’une relation de pouvoir stable nécessite donc un renouvellement permanent des ressources. Si une association reçoit une subvention, elle l’utilisera à son bon plaisir. Mais, si elle a conscience que cette subvention peut être versée tous les ans, elle s’abstiendra de nuire à celui qui l’attribue. C’est la récurrence de la subvention qui garanti la stabilité du pouvoir.

Vu sous cet angle, la grande question de la politique devient donc celle de la régénération des ressources de pouvoir. Comment garantir la pérennité de la relation de pouvoir en maintenant un flux permanent de ressources nouvelles ? Si un politicien subventionne un association qui utilise ensuite cet argent pour le combattre, on aura compris qu’il a dépensé inutilement ses ressources de pouvoir. Si, au contraire, l’action de l’association subventionnée lui permet de dégager de nouvelles ressources de pouvoir (par exemple financières), la première dépense aura été un investissement intelligent lui permettant à terme d’accroître son pouvoir. Il en sera de même si l’association en question, sans lui garantir de nouvelles ressources, travaille à légitimer son action et, donc, à réduire les ressources à consommer dans d’autres relations. Celui qui aura investi intelligemment verra son aire d’influence augmenter progressivement au détriment de celui qui aura mal investi. Ainsi se met progressivement en place, presque par sélection naturelle, un système politique stable où chaque relation de pouvoir permet d’obtenir des ressources qui garantissent d’autres relations. Les impôts levés sur le territoire permettent de faire la guerre. La guerre permet d’instaurer un échange image contre loyauté avec les médias. La loyauté des médias garantit la légitimité du gouvernement qui peut donc plus facilement lever des impôts. Un système politique stable se caractérise donc par un ensemble de relation de rétroaction qui se renforcent les unes les autres formant un tout cohésif.

Avec le temps, le système va s’étendre et intégrer l’ensemble de la population. Car, si le dominant veut soumettre le dominé, c’est bien que celui-ci peut offrir quelque chose à celui-là. La relation est déséquilibrée en faveur de l’un des partenaires (sinon on ne pourrait parler de pouvoir), mais aucun des partenaires n’est totalement démuni. Ainsi le dominé peut, dans une certaine mesure, manoeuvrer le dominant et il le pourra d’autant plus qu’il fournira à ce dernier de nouvelles ressources de pouvoir. L’accès au centre du système sera donc déterminé par la capacité à intégrer toujours plus de personne dans le système politique. Au modèle traditionnel de la hiérarchie pyramidale où la question majeure est celle de la domination et de la soumission, va se substituer progressivement un modèle systémique en réseau où domine la question de l’intégration et de l’exclusion. Aujourd’hui, celui qui est démuni de pouvoir, ce n’est plus l’opprimé, c’est le marginal.

Par là, il apparaît qu’il est illusoire d’espérer un changement du système par l’intérieur. Les actions contraires à la stabilité du système réduisent l’influence de celui qui les pose et l’excluent progressivement en le renvoyant aux marges. Au contraire, ceux qui aident à la reproduction du système y puiseront plus de pouvoir et verront augmenter leur influence sur le coeur du système. C’est la définition même d’un système fonctionnel et stable que d’assurer sa propre régénération. La destruction du système ne peut se concevoir que par deux moyens, la destruction directe du lien politique qui en unit les acteurs ou la disparition soudaine des ressources qui en assurent la reproduction.

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Le capitalisme est mort en 1929

Lorsque l’on parle de processus sociaux, le choix d’une date a toujours quelque chose d’arbitraire. Je choisis 1929 parce que c’est une date emblématique et tout le monde sait ce qu’il s’est passé à Wall Street cette année-là. On aurait pu, à tout aussi bon droit, choisir 1913 et la création de la Federal Reserve, 1917 et le coup d’Etat bolchevique, 1925 et l’échec du rétablissement de l’étalon-or en Grande-Bretagne, 1933 et l’arrivée d’Hitler au pouvoir ou encore 1936 et le Front Populaire en France.

Qu’importe l’élément saillant que l’on désire mettre en évidence, du moment que l’on comprenne que le capitalisme ne s’est jamais relevé de la Grande Guerre. Les millions de morts et l’immense destruction de richesse causées par le conflit ont emporté avec eux les structures sociales préalables et laissent la place à un foisonnement de nouvelles idées (bolchevisme et fascisme en tête) qui vont modifier radicalement le système économique et social de l’Occident.

La seconde guerre mondiale viendra mettre fin à certaines de ces expériences, ne laissant debout que le communisme stalinien et la sociale-démocratie. Si la reconstruction en Occident prend explicitement comme modèle la sociale-démocratie, il ne faut pas croire que celle-ci est née de la guerre comme Athéna sortant tout armée du crâne de Zeus. Le passage du capitalisme à la sociale-démocratie s’est effectuée bien plus tôt, dès l’entre-deux guerres.

3 réformes en particulier vont changer fondamentalement les structures économiques de notre monde.

  1. L’abandon de l’Etalon-Or. Pendant la première guerre mondiale, les pays européens délaissent « temporairement » la convertibilité des monnaies en or et jusque dans les années ’20, l’idée dominante est de restaurer cette convertibilité dès que possible. En 1925, Churchill tente de rétablir la parité d’avant-guerre et plonge le Royaume-Uni dans une crise déflationniste. Les structures sociales qui soutenaient l’Etalon-Or ne sont plus là et ce qui a été détruit ne peut être rétabli d’un coup de baguette magique. Aucune tentative de restauration de l’Etalon-Or ne réussit. La monnaie papier a gagné la guerre et ouvre la porte à un siècle de manipulations connues sous le nom de « politiques monétaires ».
  2. La création d’un système de retraites publiques pour les travailleurs. Auparavant laissées à l’initiative mutuelle, les premières mesures de garantie et de gestion publique apparaissent dans les années 10 et se développent pendant toute l’entre-deux guerre pour acquérir son caractère moderne sous le gouvernement de Vichy. La disparition de la responsabilité de l’épargne par les bénéficiaires produit un effet de dépense excessive et un recours caché à l’endettement qui ne cessera d’augmenter jusqu’à la crise du crédit des années 2000.
  3. Les congés payés (1936). On n’insistera jamais assez sur l’importance symbolique de cette réforme. La société occidentale sort de son obsession du travail et de la production pour se tourner avec délice vers l’oisiveté et la consommation. « La fin du travail » commence cette année-là. La suite du siècle sera totalement dédiée au tourisme de masse, à la consommation de masse et au chômage de masse. Les masses productives, célébrées par la gauche du 19ème siècle, se transforment en masses consommatrices prétendument au service d’une économie désormais « tertiarisée ». Devenue un droit social et un acte civique, la consommation immédiate sera régulièrement soutenue soit par la dépense publique, soit par l’extension du crédit.

Pour comprendre la nature fondamentale de la crise actuelle, il faut comprendre comment elle s’ancre dès l’origine dans les prémisses de la sociale-démocratie. Les trois réformes mises en évidence ci-dessus pointent toutes dans la même direction, l’apparition d’une gigantesque bulle du crédit dont on commence seulement à prendre la mesure.

Je montrerai prochainement comment l’histoire de la sociale-démocratie se confond intimement avec l’extension du crédit et comment le credit crunch en cours marque peut-être la fin du système socio-économique qui a suivi l’effondrement du capitalisme en 1929.

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