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Eléments de stratégie politique au service des libertariens

Ce texte tente de tirer les conséquences pratiques de la réflexion théorique que j’avais esquissé dans un billet précédent : « le pouvoir, base du système politique« 

L’illusion de la démocratie formelle

Le jour où les libertariens auront une réelle chance de gagner une élection, le gouvernement changera les règles électorales ! N’oublions jamais que l’Etat n’est pas seulement une grande fiction et une hallucination collective, c’est aussi et surtout un service club où d’innombrables intérêts se coalisent pour obtenir des avantages matériels. Les privilégiés du système ne se laisseront jamais débarquer de façon calme, pacifique et honorable. Les lois, et particulièrement les lois électorales, ont comme unique but de préserver la stabilité du système qui les nourrit. Lorsque cette stabilité sera mise en danger, ils trouveront des nouvelles règles du jeu mieux adaptées à leur intérêt direct.

Pour mémoire, en France, l’instauration de la cinquième république sert, entre autre, à couper court à la poussée poujadiste qui bénéficiait d’un régime presque proportionnel. En Belgique, dans les années ’90, les partis traditionnels déjà confrontés à l’érosion de leur pouvoir par le Vlaams Blok et les écologistes, ferment définitivement les portes du parlement à de futurs challengers en changeant les règles de financement des partis. Prenant prétexte de leur propre corruption, ils interdisent les financements privés et assurent une rente publique aux partis ayant déjà des élus. Dans presque tous les pays du monde, quand un référendum ne donne pas le résultat attendu, on l’annule et on recommence jusqu’à obtenir la réponse souhaitée par le gouvernement. Et sous nos yeux, en Grèce, on voit bien qu’un vote massif contre l’austérité est traité comme un simple incident technique à contourner rapidement afin de maintenir le pouvoir des technocrates européens.

Il est totalement inutile de se demander ce que feraient les libertariens s’ils étaient aujourd’hui au sommet de l’Etat parce que l’ensemble du système est construit pour s’assurer qu’ils n’y soient pas. Nous pourrions encore convertir F. Hollande au libéralisme le plus radical, presque rien ne changerait en France. Le système est ainsi constitué qu’il ne peut agir dessus qu’à l’aide de politiques socialistes et que l’abandon du socialisme au profit d’un libéralisme bien trempé ne conduira qu’à la perte de son pouvoir personnel. Le premier pas des libertariens vers une action politique passe par la compréhension qu’ils sont nécessairement perdants s’ils suivent les règles définies par le pouvoir actuel. Ils doivent se détacher de la fiction selon laquelle la politique en démocratie est un débat d’idées servant à convaincre des électeurs qui vont leur donner mandat pour mettre en oeuvre un programme. La politique restera toujours une affaire de pouvoir et, en démocratie, l’élection ne fait que confirmer un pouvoir qui a été conquis ailleurs d’une façon ou d’une autre.

En nous appuyant sur cette primauté du pouvoir, nous pouvons définir quatre grands axes à toute action politique libertarienne. Les déclinaisons locales se feront évidemment au gré des circonstances avec l’esprit d’opportunisme nécessaire à toute aventure politique.

1. Maintenir sa pureté idéologique

A ce jour, l’idéologie est probablement notre seule arme. Nous ne disposons ni de militants, ni de réseaux, ni de fonds, ni d’expertises particulières qui nous permettraient d’imposer nos priorités ou nos solutions. La seule chose dont nous disposons, c’est de la foi inébranlable d’avoir raison aussi bien au niveau de l’analyse que des valeurs. Nous ne pouvons pas sacrifier notre seul atout sous peine de n’avoir plus rien du tout. Celui qui abandonne sa pureté idéologique sous prétexte de viser un poste quelconque se retrouvera pieds et poings liés au système car il ne disposera plus d’aucun avantage face aux autres participants. Dès que nous sommes aux prises avec le système politique, la pression est forte et systématique pour que nous mettions de l’eau dans notre vin. Nous ne devons jamais y céder. Soit l’autre camp à un intérêt matériel à ce que nous participions au système et c’est à lui de faire un compromis en acceptant de reconnaître la valeur de nos idéaux, soit il n’a aucun intérêt particulier en jeu et il n’offrira rien en retour de notre reniement. Commencer par affaiblir nos positions dans l’espoir d’obtenir la charité d’un politicien, ça revient exclusivement à reconnaître que nous avons tellement peu de pouvoir que nous cédons dès avant le combat.

Nous entendons également souvent dire que telle ou telle option libertarienne aurait aujourd’hui un effet négatif vu l’état de la société et de la population. Et alors, que diable ? Il importe seulement de savoir si cette mesure sera intelligente le jour où les libertariens seront en mesure de l’imposer. On s’en fiche de savoir quelles seraient les conséquences si Hollande la mettait en oeuvre, vu que Hollande ne la mettra jamais en oeuvre. Nos propositions doivent être claires, explicites et adaptées à un monde où les libertariens représentent une vraie force politique. De toute façon, dans un monde socialiste, nous n’aurons jamais l’occasion de les mettre en oeuvre.

2. Acquérir du pouvoir

Comme nous l’avons compris, le pouvoir n’est pas issu de l’Etat ou des élections. Le jeu politique consiste à fédérer, accumuler, et utiliser le pouvoir, mais chacun porte quelques petites ressources de pouvoir, une place en vue dans une entreprise ou un réseau, une expertise particulière, l’accès à une info stratégique ou simplement quelque argent. La première fonction d’un mouvement politique est de regrouper ces ressources. Il est évidemment impossible à ce niveau de donner des conseils précis, chaque situation étant particulière. Ce sera l’habileté sociale d’une sorte d’entrepreneur politique de repérer ces ressources et de les coaliser. Il y a néanmoins deux points essentiels.

D’abord, il est trop facile d’imputer l’éventuel échec d’un parti libertarien à l’individualisme atavique de ses membres. C’est une excuse qu’on entend fréquemment et qui s’appuie sur l’idée fausse que les partis traditionnels réussissent grâce au dévouement de leurs membres. En réalité, il n’y a pas plus cynique, égoïste et profiteur qu’un politicien ordinaire et les militants libertariens sont des anges d’abnégation et de dévouement à coté d’eux. Si les partis traditionnels restent unis, c’est parce que leurs dirigeants sont capables de gérer des relations de pouvoir et que chacun a quelque chose à gagner dans la relation qui l’unit au parti. Il n’y a pas de différence entre la gestion politique de la cité et la gestion politique d’un parti. N’espérez pas des membres d’un mouvement libertarien qu’ils se dévouent pour la cause. Achetez-les en leur faisant prendre part à une relation mutuellement profitable.

Ensuite, il est une stratégie qui va en rebuter plus d’un mais qui est absolument nécessaire. Par essence, la politique nécessite de tisser des réseaux et l’isolement est une voie sans issue. Le mouvement naturel chez les libertariens est d’aller chercher des contacts chez les hommes politiques les plus libéraux des partis politiques. Mais, à part quelques gratifications symboliques à court terme, que pouvons-nous espérer de gens qui ont un intérêt direct au maintient du système ? En réalité, nos efforts seraient mieux orientés à tisser des liens avec les autres mouvements marginaux qui combattent le système social-démocrate, communistes, fascistes, indignés divers, écologistes radicaux et autres déviants sectaires. Ce sont des gens que nous n’aurions pas envie de recevoir dans notre salon mais qui partagent au moins certains de nos objectifs à court terme et dont la fréquentation peut politiquement nous enrichir. Partout dans le monde, les mouvements de révolte contre les systèmes dictatoriaux sont des coalitions improbables de groupes aux idéologies incompatibles mais qui, par exaspération, finissent par s’unir pour faire tomber le régime. Il y a probablement là un exemple à méditer.

3. Affaiblir la légitimité des gouvernements

Les gouvernements sont avides de légitimité car elle leur permet de consommer moins de ressources dans l’exercice du pouvoir. Si les gens ne payaient pas d’eux-même leurs impôts, les Etats occidentaux n’auraient sans doute jamais la force nécessaire pour venir les prendre. Partout où l’Etat jouit d’une légitimité qui lui permet d’obtenir ce qu’il veut sans faire le moindre effort, nous devons essayer de lui rendre la tâche difficile. Il faut que chacune des actions de prédation à laquelle il se livre lui coûte le plus de ressources possibles. Rien ne doit être simple.

Une des façons pour l’Etat d’assumer sa facilité d’action est de faire intégrer par la population ses propres contraintes de fonctionnement. L’Etat et ses médias définissent un canevas type du bon citoyen, engagé, consciencieux, raisonnable, respectable et responsable. Sous le vernis de la fausse morale, c’est une prison intellectuelle qui se construit quotidiennement et qui permet d’assurer la docilité du peuple. Il faut faire éclater cette prison pour que chaque relation de l’Etat avec ses citoyens deviennent un casse-tête insoluble. Dans toutes les affaires publiques, nous devons défendre l’inconscience, l’irresponsabilité et l’incivisme. Appel à l’abstention, au boycott, à la rébellion. Ce n’est pas notre réflexe naturel, mais lors des grèves dans les services publics, nous devons être du coté des grévistes, pas du gouvernement. Un fonctionnaire en grève fait moins de mal au pays qu’un fonctionnaire qui travaille. Et il occupe le gouvernement qui ne sait plus où donner de la tête. Et il plombe les finances publiques. Et il fait râler le peuple. Et au final, par son irresponsabilité même, il délégitimise l’Etat car il n’y a rien qui plombe plus le respect pour l’Etat que l’incurie. Chaque fois qu’on soutient et qu’on aide un gouvernement à équilibrer son budget, on lui facilite la vie et on lui offre du bois de rallonge. Ce n’est pas notre intérêt, ce ne peut pas être notre stratégie.

4. Couper les vivres au gouvernement

Nous sommes probablement le seul mouvement politique dont le but n’est pas la prise du pouvoir mais la dissolution de celui-ci. L’illusion légaliste tend à nous faire croire qu’il faut pénétrer dans l’appareil d’Etat pour parvenir à le contrôler. Mais c’est faux. En réalité, la dissolution du pouvoir nécessite de bloquer l’accès des politiciens aux sources de pouvoir dont ils ont besoin pour maintenir le système. Et cet assèchement des relations de pouvoir peut se faire de l’extérieur. Ce doit probablement être l’objectif premier de tout mouvement constitué. Plutôt que d’essayer de gagner des élections, ce qui est bien mais compliqué, il est plus facile de couper les vivres aux gouvernements.

Un gouvernement a besoin de 4 choses pour faire tourner la machine politique : des hommes, des bureaux, des infos et de l’argent. Ici encore, c’est la particularité des circonstances qui dictera la marche à suivre mais sur chacun de ces points, il faut tenter de le priver des ressources nécessaires. Décourager l’accès à la fonction publique, démotiver les fonctionnaires, les inciter à la grève perpétuelle. Bloquer d’une façon ou d’une autre l’accès à l’infrastructure matérielle. Contaminer les bases de données, mentir dans les enquêtes d’opinion, interdire les recensements. En matière d’information, il y a déjà beaucoup de choses qu’un petit groupe d’informaticiens décidés peut faire sans nécessairement sortir de la légalité.

Et puis, l’argent, le nerf de la guerre civile. Abandonnez l’idée que les gouvernements cherchent à équilibrer les recettes et les dépenses. En réalité, ils prennent tout ce qu’ils peuvent prendre et ils essayent (sans y parvenir) de ne pas gaspiller plus qu’ils n’ont pris. Depuis des décennies, le système progresse par un gros coup de dépenses suivi, au nom de la bonne gestion publique, d’une augmentation des impôts par le gouvernement suivant. Faisons attention à ne pas nous laisser prendre à ce mirage de la bonne gestion publique. Ce n’est qu’un temps d’équilibre nécessaire au mouvement suivant du système vers toujours plus de dépenses. Pour nous, rien ne justifie la moindre augmentation des impôts, tout est prétexte à les baisser. Quant à l’équilibre budgétaire, il n’est pas dans nos préoccupations ! Que les socialistes s’en chargent comme ils veulent. Notre seul objectif doit être l’assèchement des comptes publics.

Enfin, dans la même perspective, il convient que les libertariens se rendent compte de l’opportunité extraordinaire que représente la crise de la dette. Aujourd’hui, il n’est pas un seul Etat en occident qui pourrait vivre sans avoir accès aux marchés financiers. Ce devrait donc être un objectif prioritaire des libertariens que de les priver de cette source de liquidités. Parvenir à susciter ne serait-ce qu’un débat sur l’annulation de la dette aurait déjà comme effet immédiat une difficulté de refinancement pour nos gouvernements. Privés de l’argent nécessaire à sa gestion ordinaire, c’est tout le système politique qui va se démanteler et se fractionner. Les boucles de rétroactions qui garantissaient la reproduction du système vont se gripper et les privilégiés du régime vont perdre leurs capacités d’action, ouvrant la voie à de vrais challengers et à un changement de régime. La perspective semblera peut-être terrifiante pour les toutous de la République qui,finalement, ne vivent pas si mal dans le système actuel. Mais pour les vrais abolitionnistes, les « button pusher » dont parle Rothbard, l’opportunité est trop belle pour ne pas être exploitée. Haro sur la dette et vive le défaut. Pour une fois que nous avons la possibilité d’attraper l’Etat par les couilles, serrons le plus fort possible !

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le bon et le mauvais crédit

Les biens capitaux

Pour comprendre les problèmes générés par un trop plein de crédit, il faut réaliser ce qu’est le capital. Dans un système économique développé comme le notre, le capital est le plus souvent confondu avec la représentation symbolique figurant sur les bilans d’entreprise et les relevés bancaires des particuliers. Mais la carte n’est pas le territoire et les écrits attestant d’un éventuelle fortune ne sont pas la fortune elle-même. Le capital (matériel, bien sûr, laissons de coté les innovations bourdivines sur le capital social ou culturel), c’est un ensemble de biens ; et l’accumulation du capital, dont Marx fait tant de cas, ne désigne rien d’autre que l’accumulation de biens matériels. De l’or et de l’argent métal, des terres, des maisons, des outils, des oeuvres d’art, de la nourriture. Dans les sociétés pré-capitalistes, ces biens sont tenus pour ce qu’ils sont, une forêt domaniale, des métaux précieux, etc. Mais, dans nos sociétés modernes, l’ensemble de ces biens se voient attribués une valeur monétaire qui permet, au final, d’additionner des pommes et des poires et de produire une représentation symbolique du-dit capital sous la forme d’un nombre fini d’euros, de dollars, etc. Par cet artifice comptable, nous créons l’illusion de l’existence d’un capital qui serait détaché des biens qui le constitue et dont on verra plus loin les conséquences. Pour l’instant, rappelons-nous seulement que le capital est constitué de biens capitaux qui ne diffèrent pas, par nature, des autres biens comme les biens de consommation, etc. Bien entendu, certains biens, comme les métaux précieux, se prêtent mieux à la conservation à long terme et, donc, ont une place privilégiée dans une politique d’accumulation. Pour le reste, on pourrait accumuler des pommes de terre plutôt que de l’or que ça ne changerait rien aux lois de l’économie.

L’épargne, l’investissement et le taux d’intérêt

Imaginons donc une île où tout le monde produit, consomme et accumule des pommes de terre (ou, n’importe quel autre bien, du blé, de l’oseille, des radis…). La production permet de dépasser le niveau de la survie et les habitants ont réussi à épargner 100 patates.


Sur l’île de la Patate, il existe également un entrepreneur surtaxé (tous les entrepreneurs sont surtaxés) qui a entendu parler des Iles Sandwich et qui aimerait changer son ordinaire. S’il arrête de cultiver les pommes de terre, vit sur le stock de 100 patates et construit un bateau, il pourra ramener des sandwich. L’investissement en patates sera remboursé par le suite en sandwich. On remarquera que jusqu’ici, le statut juridique des biens importe peu. Pas besoin de capitalisme ni de propriété privée. Quel que soit le système politique en vigueur, l’épargne et de l’investissement sont des réalités économiques universelles. Le processus sera toujours le même, sur-production, constitution d’un stock, consommation du stock au sein d’un projet plus ou moins incertain et, dans le meilleur des cas, reconstitution d’un stock supérieur grâce à la réussite du projet.Là où la propriété privée va laisser son empreinte, c’est dans le mode de gestion de la production surnuméraire et l’attribution aux différents projets possibles. Dans un système économique libre fondé sur la propriété privée, l’entrepreneur et l’épargnant vont s’ajuster au travers du taux d’intérêt. Comme tous les prix, celui-ci informe les acteurs économiques de l’offre et de la demande de biens capitaux. L’épargnant découvrira la demande de capital et ajustera sa production et sa consommation pour y répondre, l’entrepreneur connaîtra la quantité de biens capitaux disponibles et pourra évaluer l’utilité de les consommer en fonction de ses différents projets et de leur rentabilité respective.

Le mauvais crédit

Revenons à notre entrepreneur (surtaxé) de l’Ile de la Patate. Avec 100 patates, il se croit capable de construire un bateau pour rejoindre l’île voisine. Mais, son vrai projet – son grand rêve ! – c’est de creuser un tunnel entre les deux îles afin que chacun puisse aller chercher ses sandwich à pied pendant la pause-déjeuner. Hélas, la construction de ce tunnel lui prendrait 2 à 3 fois plus de temps et, pour pouvoir s’y consacrer, il aurait besoin de 200 patates. Sur un marché libre, l’obtention d’un tel nombre de patate ferait exploser le taux d’intérêt exigé par les producteurs et l’entrepreneur abandonnerait un projet irréaliste dans les conditions actuelles.Mais, imaginez que, suite à une erreur de calcul, une manipulation de marché ou une fraude comptable quelconque, le taux d’intérêt ne reflète pas la réalité des quantités de biens capitaux mis à disposition de notre entrepreneur et lui donne l’impression d’une abondance illusoire. Le voilà donc qui, délaissant la construction de son petit bateau, se met à creuser un tunnel. Au bout d’un moment, il aura consommé les 100 patates qui étaient réellement disponibles et les greniers seront vides. Plus moyen de trouver des patates excédentaires et, si lui-même ne veut pas mourir de faim, il devra abandonner son tunnel et retourner cultiver des pommes de terre. Là où la communauté aurait pu avoir un bateau, elle n’a plus qu’un demi-tunnel. Mais, un demi-tunnel, ça ne vaut rien ! Ce n’est jamais qu’un bête trou dans le sable qui ne sert à rien et qui ne peut nourrir personne. Quant aux 100 patates, elles ont été consommées et n’existent plus. Fini. Peau de balle.Alors que dans le premier cas (celui présenté par tous les manuels d’économie), le système d’épargne et d’investissement a permis de créer de la richesse, dans le second (celui dont on ne parle jamais), on a détruit de la richesse.

Les politiques de taux bas sont destructrices de valeur.

Aucun système ne peut éviter totalement ce mauvais crédit, il y aura toujours des mauvais calculs ou des moments d’enthousiasme tels qu’on surestime les ressources disponibles. Dans un marché libre, la régulation viendra d’une hausse des taux d’intérêt et de la faillite des entrepreneurs les moins rentables. Les biens capitaux, devenus plus rares, seront réaffectés vers les projets les plus lucratifs et l’augmentation de la rentabilité moyenne permettra de reconstruire les stocks des biens capitaux détruits par le mauvais crédit.Hélas, dans un système où les taux sont maintenus artificiellement bas pendant de longues périodes, le rééquilibrage du système ne peut pas se faire et chacun continue à consommer les biens capitaux au-delà de toute raison pour des projets de plus en plus farfelus. Si on force les taux réels en territoire négatif, il n’y a même plus besoin de projet. Il semble devenir intelligent de détruire les biens capitaux pour acquérir des biens de consommation ordinaire.En période d’inflation, emprunter (plutôt qu’épargner) pour acheter un bien qui aura augmenté le lendemain peut sembler tout-à-fait logique d’un point de vue individuel. Mais d’un point de vue collectif, ça reste une absurdité sans nom qui détruit de la valeur dans le système économique. Les keynésiarques insistent sans cesse sur l’effet positif d’une augmentation de la consommation. Mais c’est oublier que l’achat à crédit ne produisant aucune rentrée particulière, le remboursement du capital et des intérêts se fait nécessairement par une réduction de la consommation à un autre moment.Un autre effet pervers dont on ne parle jamais réside dans la démotivation des producteurs. La production n’est pas une constante arbitraire. C’est un choix d’investissement des producteurs qui arbitrent entre leur travail et leur temps libre. Si, suite à la baisse des taux d’intérêt, l’épargne est mal rémunérée, à quoi bon se fatiguer à produire des surplus ?Par leur politique de taux bas, les banques centrales sont donc directement responsables, à la fois, d’une réduction de l’accumulation capitalistique et d’une sur-consommation des biens capitaux existants. Dans les deux cas, elles participent à l’appauvrissement général de la société.

Le krach

Incapable de purger son mauvais crédit, le système économique va alimenter les comportements destructeurs de richesse jusqu’à ses limites physiques. Comme sur l’Ile de la Patate, les biens capitaux viendront à totalement disparaître et lorsque l’on se rendra finalement compte, ce sera le krach.La situation pourra temporairement être camouflée par l’utilisation de fictions comptables. Souvenez-vous que plus personne dans nos sociétés modernes n’a un accès direct à son capital. Tout transite par des représentations symboliques telles que les bilans d’entreprise et les relevés bancaires. Il est possible – temporairement – de manipuler ces représentations pour camoufler l’absence de biens capitaux tangibles derrière les chiffres. C’est la situation actuelle. L’abandon de la règle du « mark to market »et autres stratagèmes embellissent des structures bilantaires qui, sinon, serait négatives. A leur tour, ces bilans sont utilisés pour calculer la valeur de biens d’investissement et produisent un effet d’optique de richesse qui incite les particuliers en bout de chaîne à consommer (alors même qu’ils devraient épargner pour reconstituer les richesses perdues.)Tout ce petit jeu tient tant qu’on peut se contenter de faire circuler des chiffres et autres éléments immatériels. Mais le problème surgit tôt ou tard quand quelqu’un essaye de récupérer les biens réels qui servent au fondement de ces représentations symboliques. Quand il faut allonger les patates, on constate qu’elles ne sont plus là. Elles ont été mangées. C’est fini. L’impossibilité de maintenir la fiction comptable à un bout de la chaîne va entraîner un effet systémique dévastateur. Ceux qui se pensaient riches se découvrent pauvres, cessent de consommer et essayent de récupérer leurs biens. Mais ces biens ont disparu, il ne restait plus que leur ombre sur le papier.L’apurement du système passe par des faillites en cascade, détruisant sur le papier ce qui était déjà détruit dans les faits. Le sentiment de crise incite à la thésaurisation, l’argent cesse de circuler et les taux d’intérêts montent en flèche. Le système a finalement purgé le mauvais crédit.C’est ce qui se passe aujourd’hui en Grèce.

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Le capitalisme est mort en 1929

Lorsque l’on parle de processus sociaux, le choix d’une date a toujours quelque chose d’arbitraire. Je choisis 1929 parce que c’est une date emblématique et tout le monde sait ce qu’il s’est passé à Wall Street cette année-là. On aurait pu, à tout aussi bon droit, choisir 1913 et la création de la Federal Reserve, 1917 et le coup d’Etat bolchevique, 1925 et l’échec du rétablissement de l’étalon-or en Grande-Bretagne, 1933 et l’arrivée d’Hitler au pouvoir ou encore 1936 et le Front Populaire en France.

Qu’importe l’élément saillant que l’on désire mettre en évidence, du moment que l’on comprenne que le capitalisme ne s’est jamais relevé de la Grande Guerre. Les millions de morts et l’immense destruction de richesse causées par le conflit ont emporté avec eux les structures sociales préalables et laissent la place à un foisonnement de nouvelles idées (bolchevisme et fascisme en tête) qui vont modifier radicalement le système économique et social de l’Occident.

La seconde guerre mondiale viendra mettre fin à certaines de ces expériences, ne laissant debout que le communisme stalinien et la sociale-démocratie. Si la reconstruction en Occident prend explicitement comme modèle la sociale-démocratie, il ne faut pas croire que celle-ci est née de la guerre comme Athéna sortant tout armée du crâne de Zeus. Le passage du capitalisme à la sociale-démocratie s’est effectuée bien plus tôt, dès l’entre-deux guerres.

3 réformes en particulier vont changer fondamentalement les structures économiques de notre monde.

  1. L’abandon de l’Etalon-Or. Pendant la première guerre mondiale, les pays européens délaissent « temporairement » la convertibilité des monnaies en or et jusque dans les années ’20, l’idée dominante est de restaurer cette convertibilité dès que possible. En 1925, Churchill tente de rétablir la parité d’avant-guerre et plonge le Royaume-Uni dans une crise déflationniste. Les structures sociales qui soutenaient l’Etalon-Or ne sont plus là et ce qui a été détruit ne peut être rétabli d’un coup de baguette magique. Aucune tentative de restauration de l’Etalon-Or ne réussit. La monnaie papier a gagné la guerre et ouvre la porte à un siècle de manipulations connues sous le nom de « politiques monétaires ».
  2. La création d’un système de retraites publiques pour les travailleurs. Auparavant laissées à l’initiative mutuelle, les premières mesures de garantie et de gestion publique apparaissent dans les années 10 et se développent pendant toute l’entre-deux guerre pour acquérir son caractère moderne sous le gouvernement de Vichy. La disparition de la responsabilité de l’épargne par les bénéficiaires produit un effet de dépense excessive et un recours caché à l’endettement qui ne cessera d’augmenter jusqu’à la crise du crédit des années 2000.
  3. Les congés payés (1936). On n’insistera jamais assez sur l’importance symbolique de cette réforme. La société occidentale sort de son obsession du travail et de la production pour se tourner avec délice vers l’oisiveté et la consommation. « La fin du travail » commence cette année-là. La suite du siècle sera totalement dédiée au tourisme de masse, à la consommation de masse et au chômage de masse. Les masses productives, célébrées par la gauche du 19ème siècle, se transforment en masses consommatrices prétendument au service d’une économie désormais « tertiarisée ». Devenue un droit social et un acte civique, la consommation immédiate sera régulièrement soutenue soit par la dépense publique, soit par l’extension du crédit.

Pour comprendre la nature fondamentale de la crise actuelle, il faut comprendre comment elle s’ancre dès l’origine dans les prémisses de la sociale-démocratie. Les trois réformes mises en évidence ci-dessus pointent toutes dans la même direction, l’apparition d’une gigantesque bulle du crédit dont on commence seulement à prendre la mesure.

Je montrerai prochainement comment l’histoire de la sociale-démocratie se confond intimement avec l’extension du crédit et comment le credit crunch en cours marque peut-être la fin du système socio-économique qui a suivi l’effondrement du capitalisme en 1929.

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