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JP Morgan perd 2 milliards de dollars à cause d’une baleine

Hier, jeudi 10 mai, Jamie Dimon, CEO de JP Morgan a annoncé une perte potentielle de 2 milliards de dollars due à une opération de trading qui a mal tournée. Il est important d’en pénétrer les rouages car ce genre d’événements produit toujours un appel désespéré à plus de régulation financière. Or, dans le cas présent, aucune régulation n’aurait pu l’empêcher.

Comme la Société Générale en son temps (c’est-à-dire avant l’affaire Kerviel), JP Morgan fait habituellement figure de bon élève dans la gestion du risque. Contrairement à des institutions comme Goldman Sachs, elle n’a pas la réputation d’être un banque-casino et donne régulièrement des leçons de bonne gouvernance au reste du marché bancaire. Sa direction essaye même de prendre de l’avance dans l’implémentation des nouvelles normes, comme la Règle Volcker et les ratios de Bâle III. Et de ce qui semble apparaître à ce stade, c’est justement de sa soi-disant parfaite gestion du risque qu’a surgit son problème.

Tout démarre à Londres, dans un service de JP Morgan appelé Chief Investment Office (CIO) et dirigé par un trader français du nom de Bruno Iksil. Encore un trader français qui risque de faire sauter sa banque, se diront ceux qui se souviennent de Jérôme Kerviel et de Fabulous Fab. La fonction de ce service est de couvrir (hedger en franglais financier) le risque lié au gigantesque portefeuille crédit de JP Morgan. Il s’agit donc a priori d’une fonction tout-à-fait légitime et qui a sa place dans toute institution financière. Normalement, le CIO ne fait pas du trading pour compte propre. Il gère le risque de sa maison-mère en utilisant des produits de couverture adaptés à cette fonction. Evidemment, il s’agit de CDS et ceux-ci ont mauvaise réputation depuis la crise financière de 2008. Mais, alors que dans les années 2000, ils ont servi de façon spéculative à créer du levier dans le marché du crédit immobilier américain, ils sont ici utilisés dans leur fonction première, la couverture du risque d’un portefeuille de crédit.

Hélas, le trade a mal tourné. Comme le dit Jamie Dimon : « C’est une mauvaise stratégie, mal exécutée (…) et mal suivie ». Suite à la crise financière, les marchés sont devenus nettement moins liquides et les grosses institutions trouvent difficilement leur contrepartie sur certains marchés spécifiques. Les positions prises par Iskil étaient trop grosses pour le marché et, alors que normalement la liquidité des autres acteurs rétabli l’équilibre et le juste prix, les positions du CIO ont eu une influence directe sur le prix des produits dérivés. C’est de là que vient l’étiquette de « Baleine » qu’on a collé à Bruno Iskil. Comme une baleine dans un baignoire, il fait déborder l’eau et ne laisse de place à personne d’autre. L’indice sur lequel celui-ci travaillait s’est progressivement écarté de la valeur du sous-jacent. Pour tenter une comparaison, c’est comme si vous preniez l’ensemble des valeurs du CAC 40, que vous pondériez correctement ces valeurs et que vous obteniez un CAC 40 à 3000 alors que les produits répliquant l’indice cotent à 3500. Considérant que l’indice doit retourner nécessairement vers le cours du sous-jacent, la position de JP Morgan va nécessairement générer un perte. Le montant total de celle-ci est encore inconnu et dépendra de l’évolution du sous-jacent.

A priori, la perte de JP Morgan n’est donc pas imputable à une spéculation effrénée, mais à un excès de prudence dans le gestion de son risque. Tout n’est pas encore connu dans cette affaire, mais il est trop tôt pour prétendre que la Baleine de Londres courrait, comme Jérôme Kerviel ou Nick Leeson, après une spéculation à contre-tendance. L’application plus précoce de la règle Volcker n’aurait rien changé à l’affaire. Il est également de mauvais aloi de critiquer les produits utilisés en tant que tels et de prétendre qu’une régulation plus stricte serait nécessaire (comme si tout cela n’était pas déjà régulé de A à Z). A tout point de vue, il semble s’agir d’une erreur humaine, une erreur de calcul, une erreur de management, une erreur de reporting. Bref, un problème interne, contre lequel les régulateurs ne pourraient rien, sauf à prendre directement en charge la gestion opérationnelle de la banque.

Comme disent les américains : « shit happens ! ». Les entreprises ne connaissent pas que des succès. Il y a aussi des échecs, des opérations foireuses, des décisions merdiques, des employés incompétents ou malhonnêtes. Il impossible de tout prévoir, de tout prévenir et de tout réguler. Il faut accepter une part de risque. C’est comme ça, c’est la vie ! Et l’inverse, c’est la mort.

L’explication précise du trade en question sur ZeroHedge

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Les Ellioticiens attendent le krach du siècle

Si je m’en réfère à la théorie des vagues d’Elliott, il ne faut pas faire attention aux derniers rally sur les indices boursiers. On se rappellera mon post sur Peter Praet et la bulle de l’optimisme. Son intention était de mettre en évidence le tournant des années 2000 comme la fin d’une vague 5 commencée aux débuts des années 80 et l’entrée dans une correction en ABC. A peu près tous les elliotticiens s’attendent à ce que le point C (la fin du grand marché baissier de ces dernières années) s’achève dans un krach de même nature qu’en 1929 (-89% au final). On parle donc d’un CAC à 3 chiffres, peut-être même d’un DJIA à 3 chiffres.
La théorie des vagues d’Elliott n’est pas une pure discipline chartiste, c’est avant tout une analyse de la diffusion des humeurs sociales. De même que le point 5 doit correspondre à un pic d’optimisme, le point C doit correspondre à un creux de pessimisme. Or, de façon évidente, nous ne l’avons pas encore atteint.
Aujourd’hui, la majorité des petits investisseurs pensent que nous sommes juste dans un mauvais moment qui passera comme toujours et qu’il suffit de serrer les fesses et d’attendre, comme ils l’ont à chaque fois fait dans le passé. La population globale est dans le même état d’esprit et pense sauver le modèle social européen par un peu de rigueur budgétaire, une chasse à la fraude et quelques années difficiles. Rien de symétriquement comparable à l’excès d’optimisme de 2000. On est encore loin, ne serait-ce que de la mentalité de la fin des années 70, qui pourtant était une crise de niveau inférieur. Souvenez-vous, la Fraction Armée Rouge, Action Directe, les assassinats de politiciens et les attentats aveugles. Le tout sous les hululements des Sex Pistols. Ca, ça ressemble déjà plus à un creux de pessimisme !
La personnalité des sous-vagues a également son importance.
La vague 1 est perçue comme un pure problème de spéculateurs, comme la crise de 2008 n’était normalement qu’un problème de subprimes aux USA. C’est pendant la vague 3 que l’importance de la vague commence à être perçue par le grand public. Le gap fréquent à la 3.3 marque « le point de reconnaissance », c’est-à-dire la prise de conscience collective du phénomène en cours. La vague 5 correspond enfin à l’action entraînée par la prise de conscience de la vague 3.
A ce niveau également, on peut sentir qu’on est quelque part dans une vague 3 mais avant la 3.3. Les questions, jusqu’ici purement académiques, de défaut souverain, de credit crunch, de courbes des taux, d’inflation/déflation deviennent monnaie courante dans la bonne société. Les agences de rating, inconnues du grand public il y a encore 3 ans, sont au centre de toutes les attentions. La conscience que quelque chose d’important est en train de se jouer se répand dans la population. Lorsque Monsieur tout-le-monde, dont la fortune est plus grande que celle du Roi d’Angleterre, va commencer à en tirer les conclusion sur la gestion de son épargne, aucune bourse au monde ne lui résistera.
Pour le décompte à très long terme des vagues d’Elliott sur le Dow Jones, je vous revoie chez Daneric.
L’objectif de la correction en cours est de revenir dans le range de la vague IV en rose, c’est-à-dire quelque part entre 700 et 1000 points. D’incurables optimistes pensent qu’on peut s’arrêter au niveau (4) d’ordre inférieur, c’est-à-dire vers 2500.
Une seule chose est sûre, serrer les fesses ne sera pas suffisant !
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